Semer des noyaux à tout vent

Semer des noyaux à tout vent

Répandez la parole du jardinier !
Depuis quelques temps, on voit fleurir sur la toile de nombreux messages incitant à « Eden-iser » nos villes et nos campagnes. Comment ? En semant à la volée des noyaux et pépins de fruits sur les bords de route et dans les champs.
 
L’idée derrière cette incitation, sans aucun doute louable, est d’offrir un paysage reboisé et comestible. On parle beaucoup de forêts nourricières… c’est là que l’idée prend racine. Mais créer une forêt comestible requiert des connaissances, de la méthodologie et du travail.
 
Voici donc les messages qui circulent :
 
Garder les pépins et noyaux des fruits et légumes (bio) et en faire de petites « seed bombs » à semer partout dans la campagne. Réapprendre à rendre au vivant ce qu’il nous a apporté. 
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Ou encore

La saison des fruits approche : prunes, pêches, nèfles, cerises, abricots… Je demande à tout le monde de NE PAS JETER les noyaux à la poubelle mais plutôt de les laver, de les sécher (au soleil) et ensuite de les stocker dans un sac en papier à garder dans la voiture.  A chaque sortie dans la campagne, ou bien en circulant en voiture dans une campagne déserte, jetez des noyaux. Si, par cette simple action, nous pouvons contribuer par un nouvel arbre à chaque saison, notre mission de reverdir ce monde sera remplie.
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Posons-nous alors quelques questions.
 

Semer des noyaux à tout vent : est-ce autorisé ?

Même dans une campagne déserte, l’espace est soit public, soit privé.
  • Si l’espace est privé, rien ne vous autorise à y planter vos semences donc que vous plantiez dans un champ ou chez votre voisin, c’est la même chose.
  • Concernant l’espace public : s’il s’agit d’embellir une ville, pourquoi pas. La ville de Paris, désireuse de développer de nouveaux espaces de nature en ville, a lancé l’opération « Végétalisons Paris ». Elle soutient et encadre les projets en octroyant des permis aux habitants qui souhaitent participer à l’opération. De nombreuses autres villes initient des projets de ce type.
 
Mais il est probable que vous optiez plutôt pour un bord de route. Or, ces bords de route sont sous la responsabilité des mairies qui ne verront pas forcément d’un bon œil d’y voir pousser des arbres qu’elles n’ont pas choisis.
 
Tous ceux qui ont un jardin le savent : les arbres s’entretiennent et entretenir un arbre a un coût. Sans parler de l’intérêt discutable de planter des fruitiers là où ils recevront poussière et pollution…
 

Ce geste est-il écologiquement responsable ?

Pas si sûr… dès lors que vous décidez de planter des espèces non endémiques, vous perturbez l’écosystème.
 
Mieux vaudrait donc reboiser avec des espèces locales. Cela présenterait l’avantage d’offrir les conditions de développement idéales à la plante tout en respectant son écosystème.
 
Le risque de planter n’importe quoi n’importe où est d’introduire des plantes envahissantes qui nuisent à la biodiversité (lire article « le buddleia du père David »).
 

Pourquoi des fruitiers ?

Cette dernière question me taraude. Cette initiative soit-disant écologique ne servirait donc que l’homme et ses envies de pêches et cerises ?
 
L’image d’une nature ressemblant à un vaste verger est bien séduisante, mais un peu étriquée. Les animaux vont peu profiter de ce choix soit-disant écologique.
 
Un écureuil, par exemple, même s’il apprécie les cerises, a besoin de glands, de faînes, de graines de conifères et un chêne lui assurera quantité de nourriture qu’il pourra stocker à l’automne. 
 

Alors, vraie ou fausse bonne idée ?

Si les végétaux devaient se substituer aux pavés, l’enfer n’en resterait pas moins un enfer… et comme on le sait tous, l’enfer est pavé de bonnes intentions.
 
Comme j’aime à le répéter, la nature est bien faite et reprend facilement ses droits, pourvu qu’on la laisse en paix. Les animaux se débrouillent très bien tout seul pour ressemer les arbres. Et une chose est sûre, ils le font sans s’enorgueillir d’avoir sauvé la planète lors d’une balade en voiture !